Crise anglophone : fin de calvaire pour le sous-préfet d’Idabato
- Alain Leuwat
- 19 mars
- 3 min de lecture
Enlevé le 1ᵉʳ octobre 2024 dans le département du Ndian(Sud-Ouest), Roland Ewane a été libéré ce 17 mars 2025.

Après 168 jours de captivité, Roland Ewane a retrouvé la liberté. Son enlèvement, survenu le 1ᵉʳ octobre 2024 à Idabato, avait plongé sa famille et l’administration camerounaise dans une angoisse interminable. Son visage émacié, aperçu dans une vidéo où il implorait sa libération, avait ému l’opinion publique et relancé les débats sur la sécurité dans cette région frontalière du Nigeria. Sa libération, intervenue dans la soirée du 17 mars 2025, reste entourée de mystère.
Officiellement, aucune rançon n’a été versée, et les circonstances exactes de son retour demeurent floues. Ce que l’on sait, c’est qu’il a été récupéré par une patrouille de l’armée camerounaise dans une zone marécageuse proche de la frontière, avant d’être conduit au camp du Bataillon d’Intervention rapide (Bir) à Jabane. De là, il a été escorté jusqu’à Buea, où il a été présenté à la presse par le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji.
Physiquement marqué par son long calvaire, Roland Ewaneest apparu amaigri mais debout. « Il a perdu du poids, mais son état de santé reste stable », a rassuré une source sécuritaire. Un diagnostic médical a confirmé que l’autorité administrative souffrait d’une légère hypertension, conséquence du stress et des mauvais traitements subis. Malgré cela, il a fait preuve d’un courage exemplaire tout au long de sa détention. Lors de son intervention, Paul AtangaNji a souligné les efforts déployés par l’État pour obtenir sa libération. « Dès son enlèvement, des instructions fermes ont été données par le chef de l’État pour que tout soit mis en œuvre afin de le retrouver sain et sauf », a déclaré le ministre de l’Administration territoriale, tout en rappelant que le gouvernement poursuivait ses démarches pour obtenir la libération d’un autre otage. Il s’agit d’un adjoint au maire d’Idabato, toujours aux mains de ses ravisseurs.
Une libération qui interroge
Si la fin de la captivité de Roland Ewane est un soulagement, elle laisse place à de nombreuses interrogations. Qui sont réellement ses ravisseurs ? Pourquoi ont-ils fini par le relâcher ? Une rançon a-t-elle été secrètement négociée ? Officiellement, les autorités restent muettes sur ces questions. Pourtant, des sources locales évoquent un réseau de pirates opérant entre le Cameroun et le Nigeria, qui aurait initialement exigé une rançon de 1,9 milliard de F.Cfa, avant de revoir ses prétentions à la baisse. L’affaire met une fois de plus en lumière la vulnérabilité des autorités locales face aux groupes armés opérant dans la région du Sud-Ouest, en proie à la crise anglophone et aux activités criminelles transfrontalières. Malgré les promesses du gouvernement de renforcer la sécurité, les enlèvements se multiplient, nourrissant un climat d’insécurité qui fragilise la présence de l’Etat dans ces zones reculées.
Dans cette tempête politico-sécuritaire, une voix s’élève avec soulagement : celle de Rose Ewane, l’épouse du sous-préfet, qui n’a jamais cessé de se battre pour la libération de son mari. En novembre dernier, elle avait publiquement interpellé la Première Dame, Chantal Biya, appelant à une action urgente. Ses efforts, conjugués à ceux des autorités, ont fini par porter leurs fruits. Aujourd’hui, Roland Ewane est libre. Son retour à la vie civile ne sera pas immédiat, tant les séquelles physiques et psychologiques de ces cinq mois d’enfer risquent de peser sur lui. Mais une chose est sûre : son calvaire est terminé.
Alain Leuwat
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