Présidentielle 2025 au Cameroun : Les évêques dénoncent un système à bout de souffle
- wilfriedfrancky
- il y a 3 jours
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Une prise de position sans équivoque

À quelques mois de l’élection présidentielle d’octobre 2025, les évêques du Cameroun haussent le ton. Dans une lettre pastorale percutante, signée par Mgr Andrew NKea Fuanya, président de la Conférence Épiscopale Nationale du Cameroun (CENC), ils dénoncent les nombreux blocages entravant la tenue d’un scrutin juste et transparent.
Cette prise de position des autorités ecclésiastiques accentue la pression sur le régime en place, déjà critiqué pour son manque d’ouverture démocratique et les multiples crises sociales qui secouent le pays.
Un réquisitoire sévère contre le régime
Invité sur les ondes de Radio France Internationale (RFI), l’archevêque de Bamenda a dressé un bilan accablant du système en place. Parmi les griefs évoqués :
La dégradation des services sociaux de base, avec des pénuries d’eau et d’électricité affectant des millions de Camerounais.
Une corruption endémique et des détournements massifs de fonds publics, enrichissant une élite pendant que la majorité sombre dans la précarité.
Une montée inquiétante du tribalisme et des discours de haine, mettant en péril l’unité nationale.
Une organisation électorale biaisée, ne garantissant pas des conditions équitables pour tous les candidats.
Face à ces constats, les évêques appellent à des réformes immédiates pour éviter une élection contestée, qui pourrait être source d’instabilité dans un pays déjà fragilisé par des crises multiples.
Un cri d’alerte réitéré
Cette prise de position s’inscrit dans la continuité des conclusions du 48ᵉ séminaire annuel des évêques du Cameroun, tenu du 4 au 11 janvier 2025. Lors de cette réunion, le clergé avait déjà exprimé son inquiétude quant à la gouvernance actuelle et les risques que fait peser une élection mal préparée sur la stabilité du pays.
Les évêques de Douala, N’Gaoundéré et Yagoua avaient notamment dénoncé la persistance d’un système verrouillé, où le pouvoir en place semble prêt à tout pour se maintenir, au détriment des aspirations démocratiques du peuple camerounais.
Une propagande d’État en marche
Pendant ce temps, le pouvoir continue d’ignorer ces mises en garde. Le parti au pouvoir, le Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC), a enclenché sa machine électorale, usant des médias d’État pour mener une campagne de propagande massive.
Certains observateurs comparent cette stratégie au concept du "viol des foules par la propagande politique", développé par le sociologue russe Sergueï Tchakhotine. La population est bombardée de messages glorifiant le régime, tandis que les voix critiques sont marginalisées.
Dans ce contexte, les évêques s’inquiètent : le régime procèdera-t-il à des purges symboliques en sacrifiant quelques figures corrompues pour détourner l’attention du véritable enjeu ? Le peuple camerounais se laissera-t-il berner par ces manœuvres politiques ?
Une société au bord de l’implosion
Les évêques soulignent que le Cameroun fait face à une instabilité grandissante. Entre la guerre persistante dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, les attaques répétées de Boko Haram dans le Grand Nord et une pauvreté qui touche une majorité de la population, la situation devient critique.
Pendant que la grande majorité des Camerounais lutte pour survivre, une minorité continue de s’enrichir sans vergogne, s’accaparant les richesses du pays au mépris du bien commun. Ce que les évêques dénoncent, c’est un véritable "système de prédation", où la politique ne sert plus à améliorer la vie des citoyens, mais à assurer le pouvoir et la prospérité d’une élite déconnectée de la réalité du peuple.
Face à ces constats alarmants, l’Église catholique se positionne comme un rempart contre les dérives autoritaires et un acteur clé pour préserver la paix et la cohésion sociale. Reste à savoir si son appel sera entendu, ou si, comme par le passé, il sera ignoré par ceux qui tiennent les rênes du pouvoir.
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